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Pie XII : assumer le noble défi de l'historicité

Sous le titre Témoignage pour Pie XII, nous avons publié dans le n°212 de février 2010 de La Nef un article du Dr Édouard Belaga qui est une version que nous avons dû légèrement couper pour des raisons de place. Voici donc ici la version intégrale de ce beau texte. – CG

Par Édouard Belaga

§1. Le décret du Pape Benoît XVI sur les vertus héroïques de Pie XII a réjoui les catholiques attachés à la mémoire de cet homme admirable, d'une inégalable douceur et d'une haute intelligence, de ce Pape martyr de sa vocation de chef de l'Eglise dans la plus terrible tourmente historique que l'humanité ait connue.

Pie XII En même temps, ce décret a provoqué en France un tollé de protestations. Les opposants au décret, certains historiens, des personnalités laïques, juives, protestantes et catholiques, reprochent à Pie XII son silence sur la Shoah. Ils choisissent d'ignorer les témoignages de reconnaissance pour les efforts de Pie XII pendant la guerre pour sauver les Juifs, témoignages qui viennent de survivants de la Shoah et de hauts responsables de la communauté juive et de l'Etat Israël après la guerre — certes, avant le scandale provoqué par la pièce de théâtre Le Vicaire. Les opposant au décret ne se satisfont pas des fruits du travail de la commission spéciale d’études des archives du Vatican, instituée par le Pape Paul VI en 1963, qui a publié 12 volumes et dont le bilan est présenté dans deux livres du Père Pierre Blet. Et ils demandent que toute initiative de béatification de Pie XII attende l'ouverture complète de ces archives, prévue pour 2013.

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Le livre Blanc et la doctrine de la G4G

par Philippe Conte

La sortie récente du Livre Blanc qui donne les orientations de la défense de notre pays pour les 15 années à venir a permis de relancer le débat sur les affaires militaires.

Ce document plaide pour une rupture par rapport aux orientations des livres blancs antérieurs, il s’agit principalement de la fusion opérée entre les notions de défense et de sécurité. Dans le même temps, il maintient un certain nombre d’orientations des documents précédents comme la perspective européenne ou la professionnalisation des armées. Le présent texte n’abordera pas les questions purement politiques (diplomatie, alliances…) qui sous-tendent ce document, bien que certaines puissent légitimement donner lieu à débat. Nous nous concentrerons sur l’aspect directement militaire et particulièrement sur le rapport entre les orientations définies et les développements récents de la réflexion stratégique.

Les décisions qui découleront dans les prochaines années (ou qui ont déjà été prises) en conformité avec les orientations du Livre Blanc, que ce soit en terme de stratégie, d’organisation ou d’attribution de matériel, nous donneront-elles les meilleurs atouts pour assurer la défense de notre pays dans un monde en mutation rapide ? A cette question, l’état de la doctrine, comme l’actualité la plus brûlante, nous engagent à maintenir le débat et la réflexion.

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Contre toute espérance

Le chevalier suprême des chevaliers de Colomb explique que la visite de Barack Obama au Vatican constitue un nouveau pas dans les relations Etats-Unis-Saint Siège, rapporte l'agence Zenit.

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Année vocationnelle en septembre à Lyon

Afin de répondre à l'appel du pape Benoit XVI :"redécouvrir la beauté et l'importance du sacerdoce". Sous l'autorité du cardinal Barbarin, une année de spiritualité s'ouvre à Lyon à la rentrée 2009. Elle s'adresse aux jeunes gens qui ont grandi dans la forme extraordinaire du rite romain. L'année se déroulera en lien avec des prêtres de l'association Totus tuus

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Scouts : le mariage de la carpe et du lapin

Nouveau rebondissement autour de la vie des Scouts d’Europe (AGSE) : les Scouts et Guides de France (SGDF) ont publié un texte intitulé « Nous avançons ensemble » (http://extranet.sgdf.fr/IMG/pdf_Avancons_ensemble.pdf) par lequel ils s’engagent à accueillir dans une « proposition Patrouilles » d’anciens cadres de l’AGSE démissionnaires et tous les volontaires favorables à ce projet.

Qu’est-ce que cette « proposition Patrouilles » ?

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Week-end d'enfer !

28383233.jpgLe Hellfest 2009 branche les amplis du 19 au 21 juin à Clisson, près de Nantes. Pour son quatrième opus, les organisateurs attendent 16 000 festivaliers par jour. La star gothique et médiatique Marilyn Manson est attendue samedi soir. Le festival qui a accueilli les années précédentes le groupe Impaled Nazarene (« Le Nazaréen Empalé ») est soutenu par le Conseil régional des Pays de la Loire, du Conseil général ainsi que par le maire de Clisson, Jean-Pierre Coudrais, qui reconnaît avoir « aidé le festival à hauteur de 30 000 € ». Sont attendus des groupes comme Sacred Reich, Pentagram ou encore Deströyer 666 qui menace : « Vous n'échapperez pas au marteau de Satan ». Provocation ou véritable manifestation satanique, la rencontre dérange. « Sous couvert de culture ou de commerce, le Hellfest permet à des groupes satanistes de diffuser des messages d’une extrême violence à l’encontre des chrétiens. Alors que les rapports parlementaires se multiplient sur les profanations de tombes, l’univers mental glauque et névrotique du death métal est-il celui que les élus socialistes veulent promouvoir ? » s’inquiète Gonzague de Chantérac, ancien conseiller régional jeune des Pays de la Loire. Ainsi perçoit-il ce soutien politique comme un message fort, un an avant les élections régionales. Selon lui, il s’agit d’une volonté claire de porter atteinte aux racines chrétiennes du territoire et à ses traditions culturelles. Un avis que ne semble malheureusement pas partager Benjamin Barbaud, 27 ans, directeur du HellFest : « En quatre ans, on a doublé la jauge par deux. Le budget est passé de 850 000 € à 3 M€ et nous sommes aujourd'hui sept salariés. Quand on voit d’où on est parti, on peut être fier ».

N'hésitez pas à dénoncer ce festival sur E-deo

Un projet parental sinon rien

bonobopic.jpgL’enfantement est une chose trop sérieuse pour être confiée aux parents, c’est le nouveau mot d’ordre. Heureusement, la science dans son avatar technique, alliée aux pratiquants du sexe foncièrement stérile, s’applique jour après jour à mener à bien notre rééducation. Qui est incapable de donner la vie, d’engendrer et d’enfanter, s’est donc mis en tête de nous expliquer en quoi consiste ontologiquement cet engendrement. La pensée bonne de ces philanthropes, qui n’ont bien entendu aucun intérêt à l’affaire sinon la jouissance de l’humanité, est si simple qu’on ne peut arguer que de l’aveuglement naturellement provoqué par une vérité dans son évidence pour expliquer que nous n’y ayons pas songé plus tôt : l’enfant n’étant que le fruit – ou le produit – d’un désir, il est requis pour son bonheur futur que ce désir soit exprimé avec la plus grande force, et il est nécessaire surtout que les arguments venant appuyer la valeur de ce désir soient exposés avec la plus grand soin.

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Et s'il n'en reste qu'une...

Je laisse à votre méditation... ce texte publié dans le courrier des lecteurs d'un (grand) quotidien (catholique) de langue française pendant les turbulences des mois derniers. Il avait peut-être échappé à certains d'entre vous. C'est un monument à conserver précieusement, comme on conserve les fossiles du paléolithique. On se souviendra que l'une des choses que Dieu ne sait pas, c'est le nom(bre) des congrégations religieuses féminines.

"Partageant cette vision optimiste de sainte Irénée sur l'humanité, nous femmes-religieuses, nous ne pouvons plus nous taire face aux misères de ce temps, aux injustices de ce monde, au manque de respect dont tant de personnes sont victimes. Nous avons mal quand la vie d'une enfant est cassée par la brutalité d'un père, quand des milliers de jeunes manquent du minimum vital pour grandir et espérer un avenir humain plus digne. Nous avons honte quand un homme ose banaliser la mort de tant d'autres victimes de folies destructrices, nous souffrons quand l'amour ne suffit pas à vaincre le sida et que des moyens préventifs sont rejetés... Dans le difficile débat suscité par ces enjeux de valeur, nous réaffirmons la priorité pour la vie de chaque personne, plus encore pour celle des plus fragiles et des plus démunis. Notre vigilance évangélique s'accommode mal de la réaction d'une partie de notre Église qui se veut uniquement doctrinale et moralisatrice. Dans la dureté du monde ambiant, notre parole ne doit-elle pas avoir le ton de la tendresse qui comprend plutôt que celui de l'autorité qui juge ? Saisies jour après jour par la Parole de Dieu, nous ne pouvons céder à la peur qui tue la vie. Au contraire, nous voulons conjuguer l'Évangile avec les évolutions de la société, poursuivre un dialogue humble et en vérité avec nos contemporains, apporter notre part d'aide à la diminution des détresses personnelles et collectives. Au service du Dieu de la vie et des Béatitudes, nous ne pouvons pas trahir l'amour, nous apprécions trop la beauté d'un geste de miséricorde. L'urgence de Pâques en nous et autour de nous stimule notre espérance active pour engendrer jour après jour un monde plus fraternel et ce, quels que soient les chemins diversifiés sur lesquels Dieu nous envoie." (Conseil provincial d'Europe des Sœurs de la Providence de St-André de Peltre)

Herméneutique de la réforme

Le 29 mai dernier, dans son discours d’ouverture du Congrès ecclésial du diocèse de Rome, Benoît XVI est revenu sur la question de l’interprétation du Concile Vatican II.

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Du progrès !

pape.jpgMi-avril, alors qu’il quittait son diocèse de Tolède pour la Congrégation pour le Culte divin, le cardinal Canizares a réintroduit dans sa cathédrale l’usage de la communion reçue dans la bouche, suivant ainsi de peu l’archevêque de Malaga venant de faire de même dans la sienne et celui du diocèse aux armées dans sa cathédrale de Madrid. Plus récemment encore, le cardinal Caffara, archevêque de Bologne, a instauré cette pratique dans les principales basiliques de son diocèse. Expliquant sa décision, il déclare : « Nous devons prendre acte que, trop souvent, se sont répétés des cas de profanation de l’Eucharistie en profitant de la possibilité de recueillir le Pain consacré dans la paume de la main ». Ainsi peu à peu la pratique remise à l’honneur par Benoît XVI reprend sa place, accompagnée à chaque fois de l’injonction par ces pasteurs de former les fidèles à un plus grand respect de l’Eucharistie et à la nécessité de mettre les gestes de respect envers elle en accord avec la foi de l’Église en la Présence réelle.

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Premier billet

Pour inaugurer le blog de La Nef, pas de propos oiseux, mais une citation prise au hasard dans le fichier.

"L'Église ne peut rien remettre sans le Christ; le Christ ne veut rien remettre sans l'Église. L'Église ne peut rien remettre sinon au pénitent, c'est-à-dire à celui que le Christ a touché; le Christ ne veut assurer aucune rémission à celui qui méprise l'Église. Le Christ tout puissant peut tout faire par lui-même... mais, Époux humble et fidèle, il ne veut rien faire sans l'épouse. Ce que Dieu a uni, que l'homme donc ne le sépare pas." Isaac de l'Étoile , Sermon 11, 14

La route des esclaves

sacrifice_d__un_esclave.jpgCe matin tombent deux mauvaises nouvelles qui, sous forme d’avis pour l’une et de sondage pour l’autre, se révèlent en réalité comme des injonctions à ramper toujours plus devant l’image du destin d’esclaves que l’on nous propose. C’est le conseil d’État d’abord, dont un grand quotidien vante le « pragmatisme » qui, écartant d’une main la légalisation de la gestation pour autrui, c’est-à-dire le recours aux mères porteuses et l’extension l'assistance médicale à la procréation (AMP) aux mères célibataires et aux femmes homosexuelles, avance de l’autre un avis préconisant d’autoriser les recherches sur les cellules souches embryonnaires.

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Assemblée Générale de l'AGSE : un geste de confiance

Le 2 mai dernier, l'Association des Guides et Scouts d'Europe (AGSE) organisait son "assemblée générale" à Château-Landon et fêtait ses 50 ans. Voici le communiqué de son porte-parole Monsieur Yann Cotten de Saint Yvi.

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Mise au point du "Conseil pontifical pour les laïcs" concernant "l'Association des Guides et Scouts d'Europe" suite à un article dans "La Croix"

Le Père Eric Jacquinet, responsable de la Section Jeunes au sein du Conseil pontifical pour les laïcs, a demandé un droit de réponse au journal La Croix suite à un article signé par M. Nicolas Senèze le 30 avril dernier. Il a souhaité clarifier la nature du lien qui unit l'AGSE (association des guides et scouts d'Europe) avec l'épiscopat français. Voici ce qu'il a demandé à La Croix de publier :

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Réconcilier science et morale

Un brin d'ADNDans le cadre des Etats généraux de la bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon, la participation exceptionnelle des députés Jean-Sébastien Vialatte et Jean Leonetti, respectivement coauteur du rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (Opecst) et rapporteur de la mission de révision de la loi bioéthique, démontre que nos élus sont disposés à débattre avec une Église catholique dont ils n’ignorent pas la cohérence et la pertinence intellectuelles sur ce terrain. Illustration avec la question de la recherche sur l’embryon.

La loi du 6 août 2004 établit un régime dérogatoire qui maintient le principe d’interdiction de recherche sur l’embryon tout en la dépénalisant à la condition qu’elle soit « susceptible de permettre des progrès thérapeutiques majeurs » et qu’elle ne puisse pas « être poursuivie par une méthode alternative d’efficacité comparable ». Dans son document préparatoire à la tenue des États généraux, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) reconnaît que « la fiabilité et la loyauté des informations scientifiques sont de réels enjeux sociaux ». Assertion que avons prise au pied de la lettre en faisant valoir les dernières publications internationales en la matière. Perspectives d’avancées médicales avec les cellules souches embryonnaires (ES) ? Depuis leur découverte en 1998, il n’y a tout simplement pas eu le moindre essai clinique ou la plus petite preuve d’un éventuel bienfait chez l’homme. Bien plus, ces cellules issues de la destruction du jeune embryon sont à l’origine de cancers chez l’animal. Absence d’alternative ? Deux découvertes majeures saluées par la communauté scientifique affirment le contraire : les cellules pluripotentes du sang de cordon ombilical isolées par le professeur McGuckin et les fameuses cellules souches induites dites iPS issues de la technique révolutionnaire de reprogrammation mise au point par le professeur japonais Yamanaka. Ce qu’ignorait Jean Leonetti, c’est que McGuckin et Yamanaka, un an avant que leurs travaux ne soient connus du grand public, avaient été reçus par Benoît XVI dès septembre 2006 à l’issue d’un symposium international organisé conjointement par l’Académie pontificale pour la Vie et la Fondation Jérôme Lejeune. Preuve du degré d’expertise de l’Église dans un domaine aussi pointu que la médecine régénératrice. Sur le plan éthique, une citation du CCNE – « L’embryon humain dès la fécondation apparient à l’ordre de l’être et non de l’avoir, de la personne et non de la chose » – nous a permis de faire remarquer que le magistère de l’Église ne disait pas autre chose : « Les conclusions scientifiques sur l’embryon humain fournissent une indication précieuse pour discerner rationnellement une présence personne dès cette première apparition de la vie humaine » (Donum vitae). Pourtant, en dépit de ces faits irréfutables, la pression est aujourd’hui à son comble pour que le législateur autorise sans restrictions la recherche sur l’embryon. La quasi-totalité des chercheurs qui ont jusqu’ici défilé à l’Assemblée nationale ont revendiqué l’instauration d’un cadre législatif le moins contraignant possible où la liberté de recherche ne serait plus directement limitée par le principe de dignité humaine mais pourrait s’affirmer comme une liberté publique autonome. La France peut-elle accepter de laisser la Science lui imposer un projet ultralibéral déconnecté de toute exigence éthique, avons-nous demandé au rapporteur de la mission parlementaire ? Cette position utilitariste outrancière conduirait à une instrumentalisation sans précédent de la vie humaine. Devant une dérive dont il n’avait peut-être pas mesuré immédiatement la gravité, Jean-Sébastien Vialatte s’est publiquement désolidarisé des recommandations du rapport de l’Opecst qu’il venait de cosigner, assumant ce revirement de position en raison de l’importance de l’article 16 de notre Code civil : « La loi (…) garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie ». Rebondissant sur ces propos, nous avons proposé à Jean Leonetti de ne pas écarter une option qui réconcilierait science et morale : prohiber la recherche sur l’embryon et supprimer la possibilité qu’ont les biologistes de la reproduction de congeler en surnombre les embryons. Au nom de valeurs – dignité et droit à la vie – que nous ne choisissons pas mais qui s’imposent à tous par la force même de leur vérité.

Otan : effets collatéraux

Au Parlement comme dans les médias, le débat sur le retour de la France dans la structure intégrée de l'OTAN fut si vite expédié, Obamania aidant, que plusieurs aspects en ont été passés sous silence. Si l’on a mis l’accent sur la dimension symbolique, on a moins souvent insisté sur la réduction de nos marges de manœuvres opérationnelles : d’une part, cette participation a un coût (environ un demi-milliard d’euros sur 5 ans), d’autre part, de nombreux officiers français (plus de 800) seront détachés de nos armées au bénéfice des chaînes du commandement « atlantique »; pour finir, il est inévitable que certains de nos contingents, déjà déployés sur tous les continents à la limite de nos capacités, seront dégarnis en priorité sur les terrains extérieurs à l'OTAN, notamment en Afrique.

Déjà diminués par deux fois depuis deux ans, les garnisons françaises pourraient encore être allégées, au risque de les rendre inaptes à leur mission, la première étant la stabilité de pays toujours menacés par des guerres et coups d'Etat. Où prélever encore ? Abandonner Djibouti serait renoncer à une carte stratégique de première importance ; il en va de même du Tchad, si fragile, comme d'autres pays de l'Afrique occidentale ou équatoriale qui ont besoin de la France, tout autant que la France a besoin d'eux si elle veut rester une puissance mondiale. Notre lien très ancien avec l'Afrique serait ainsi, comme mécaniquement, la première victime du retour dans l'OTAN.

La fin de l'indépendance

Nul n’a songé à évaluer les conséquences sur nos industries de défense, certes difficiles à déterminer avec précision mais hautement prévisibles. Il est à peine besoin de rappeler que c'est dans le cadre de la politique d'indépendance menée par la Vème République, du moins à ses débuts, que furent conçus de grands programmes d’industries de défense. Aujourd’hui, la France est le seul pays européen capable de développer pratiquement toute la gamme des armements, nos partenaires contribuant de préférence à l’effort de recherche et de développement des matériels états-uniens (cf. le futur avion de combat ACF) : la France étant membre à part entière de l’Organisation euro-américaine, il lui sera fort difficile de ne pas faire de même au nom de la « compatibilité des matériels » ou de « l’inter-opérabilité », fut-ce au détriment de nos industries – et de notre effort de recherche qui lui est tant lié… Au reste, si chacun en Europe s'en remet aux autres et, in fine, à une puissance extérieure, c’est l'Europe entière qui sera tôt ou tard sans défense –face au grand "ensauvagement du monde" qu’annonce de toutes parts, hélas, le XXIème siècle. S’il est vrai que l'indépendance a un coût, tandis qu'il est difficile d'évaluer ses bénéfices, il est tout aussi vrai que la dépendance a un coup plus grand encore, alors qu’elle est de bien faible rapport.

Europe : tout ce qui est perdu par les nations sera gagné par l’Empire

Au fond, l’enfermement atlantique parait signer l'échec de ce que le général de Gaulle a voulu que soit le Vème République, et dans son esprit même. Double échec, d’ailleurs à l’échelle du monde (où, décevant une assez large demande du modèle français d’indépendance, nous perdons une de nos plus sures cartes diplomatiques), mais aussi à l’échelle de l’Europe. Par sa présence même lors des cérémonies de Strasbourg et Kehl, la Chancelière se posa en marraine du retour de Paris dans le giron de Washington : alors que de Gaulle tenta d’amener l’Allemagne sur la voie d’une Europe indépendante, c’est aujourd’hui l’Allemagne qui nous ramène à l’alliance américaine !

Sur l’aspect européen de l’affaire, il faut tenir pour une galéjade l’idée, sans cesse reprise par les dévots de « l’Europe » mais aussi les dévots de l’atlantisme (en fait, ce sont curieusement les mêmes…), comme, bien entendu par la « grande » presse, qui aime tant l’une et l’autre, que notre réintégration fera progresser l’Europe de la défense. Comment croire ce syllogisme : nous voulons faire progresser la défense européenne auprès de nos partenaires, qui certes préfèrent l’OTAN (à laquelle il est fait référence à de multiples reprises dans le traité de Lisbonne), en entrant dans l’OTAN, nous parviendrons à doter l’Europe d’une défense autonome ?

En fait, il en va pour la défense comme pour la diplomatie ou pour toute volonté politique, de quelque ordre qu’elle soit : ce qui est perdu par la nation est gagné par l’Empire ; il en va particulièrement ainsi, hélas, pour le souci de civilisation : comme l’a si bien montré Jean-Paul II dans son discours devant l’Unesco de juin 1980, tous nos attachements fondamentaux, nos traditions religieuses, notre langue, nos valeurs prennent vie dans le cadre de la Nation, foyer de toutes nos racines. Tout ce qui nous en détache nous livre aux valeurs, à la langue, à tous les vents dominants. Tout ce qui est, du verbe être, résiste, ou bien meurt.

(Chronique parue dans La Nef n°204 de mai 2009)

La valeur satisfactoire du jeûne

mariemadeleine.jpgEn 2008, notre Saint-Père nous avait offert un magnifique « message de Carême » centré sur le thème de l’aumône. Cette année, il nous offre un non moins admirable message qui insiste surtout sur la valeur et le sens du jeûne quadragésimal. Le présent article ne dispense pas de lire et de méditer le texte du pape. Bien au contraire… Il ne se propose comme objectif que de développer un point particulier esquissé à travers une citation de saint Augustin : « je m’afflige certes un supplice, mais pour que Dieu me pardonne ; je me châtie de moi-même pour qu’Il m’aide, pour plaire à ses yeux, pour arriver à la délectation de sa douceur » (1).
La discipline du jeûne : un « supplice » ?
La discipline actuelle de l’Eglise catholique en termes de jeûne n’est vraiment pas très exigeante. Les fidèles, de 18 à 60 ans, ne sont tenus de jeûner que deux fois par an : le Mercredi des Cendres et le Vendredi-Saint (2). Par « jeûne »(3), l’Eglise entend : faire un seul repas normal par jour (et éventuellement prendre une petite « collation » ou « repas allégé », par exemple le matin et le soir si l’on a déjeuné à midi). Cependant, l’Eglise entend aussi par « jeûne » toute sorte de mortifications : privations volontaires, petits sacrifices, et surtout l'acceptation patiente de la croix que nous devons porter chaque jour (maladies, contrariétés, difficultés, devoir d’état, etc…).
Satisfaction
Si l’on prend conscience de ce qu’est le péché, c’est-à-dire essentiellement une offense à Dieu, alors par amour et par souci de justice, nous allons chercher à réparer notre péché. D’abord et surtout en l’avouant humblement avec un cœur contrit au sein du « sacrement de pénitence et de réconciliation » afin d’en recevoir le pardon. Ensuite par une juste « satisfaction » ou compensation pour réparer les conséquences de nos péchés.

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Moi, Van Gogh...

Vincent Van Gogh compte parmi les artistes modernes que l’on n’a plus besoin de présenter tant, plus que leur art même, leur existence est connue dans ses nombreux détails, et passionne les foules, chacun voyant dans l’homme l’une des pierres d’angle de l’édification du génie tourmenté propre au XXe siècle. C’est en quoi, pour rappeler l’attention sur l’extraordinaire originalité de l’œuvre, le film réalisé par Peter Knapp et François Bertrand est très important. Tourné en Imax, le plus grand format cinéma du monde, c’est-à-dire neuf fois plus vaste qu’une image classique de cinéma, Moi, Van Gogh. Sur les traces d’un génie, est diffusé sur les mille mètres carrés de la Géode depuis le 25 mars. Van Gogh, qui est mort à 37 ans, a produit un nombre considérable de peintures et dessins. Des dix années de sa vie qui sont retracées ici sont pourtant nés pas moins de sept cents tableaux… Voyage aux sources de l’inspiration artistique du peintre, ce film plonge le spectateur directement dans ses tableaux, ses écrits et ses paysages. La vision de l’artiste redevient du coup assez neuve, en ce que le film, à la fois spectaculaire et personnel, se centre résolument sur le travail de l’artiste et construit une relation intime avec lui. La vitalité et la liberté de l’un des plus grands peintres du monde sont ainsi patiemment exposées, mises en lien avec les lieux où il vécut et qui l’inspirèrent. Des Pays-Bas à Auvers-sur-Oise, en passant par Arles, Saint-Rémy et Paris, le parcours va temporellement de ses premières toiles peintes à l’âge de 27 ans jusqu’à sa mort à 37 ans, le 29 juillet 1890. La pellicule « 70 mm/15 perforations » rend la rencontre totalement exceptionnelle. On peut remercier les grands musées partenaires qui, comme The Van Gogh Museum (Amsterdam), le Musée d’Orsay, le Musée Rodin et The Kröller-Müller Museum (Otterlo), séduits par la démarche des réalisateurs, ont donné l’autorisation unique de filmer une quarantaine des plus beaux tableaux du maître et de nombreux dessins et lettres conservés dans leurs coffres. Filmés à deux centimètres de distance et projetés sur l’écran gigantesque, les chefs-d’œuvre du génie à l’oreille coupée révèlent bien des surprises. La salle sphérique de la Géode, d’habitude vouée aux films à sensations fortes ou à des survols spectaculaires de la planète, s’embrasera cette fois des huiles du plus « maudit » des peintres. On admire mieux qu’avec n’importe quelle loupe l’incroyable modelé de la touche de Van Gogh (« Je peins comme je dessine, avec des hachures bien visibles, en pleine pâte »). En gros plans, ses jaunes et ses verts jaillissent en mille feux d’artifice. Toutefois, l’œil ne se perd pas : il suit les détails importants sur lesquels focalise l’objectif, comme pour une valse mélancolique.

(Chronique parue dans La Nef n°203 d'avril 2009)

Perret gagne

Alors qu’il me demandait qu’elle serait le thème de cette chronique, je répondis à notre directeur-délégué d’un seul mot : « Enfantillages ». Dire que, de prime abord, il le prit bien serait peut-être exagéré. Il y a des moments où l’on se lasse des leçons des grandes personnes comme du retard des collaborateurs. Noblesse oblige – enfin de son côté –, un duel se profilait à l’horizon. Je ne dus mon salut qu’à mon appartenance, non volontaire d’ailleurs, à la simple gent des manants, interdits depuis des siècles du port d’arme. On ne se refait pas ! Restait la bastonnade ! Cette perspective ne me réjouissait guère et c’est pourquoi je m’empressais, dans un dernier souffle, de lancer à mon chef de rubrique, un seul nom : Jacques Perret. Heureusement ces mots lui suffirent. Preuve, s’il en est, que tout n’est pas perdu en ce bas monde et que quelques noms servent encore de signe de reconnaissance. Mais arrivé à ce stade, je dois au lecteur qui n’aurait pas déjà tourné la page quelques explications. Enfantillages est une nouvelle de Jacques Perret, parue en 1951 dans La Revue de Paris. Elle portait alors un autre titre, La chambre du bourreau, en parfaite adéquation d’ailleurs avec le lieu principal évoqué dans ce texte qui plonge dans la jeunesse de l’auteur. Elle forme aujourd’hui la première nouvelle d’un délicieux petit recueil édité par Le Dilettante – que voici un joli nom pour un éditeur – et ouvre la voie, en éclaireuse, à cinq autres textes d’une même veine. Jacques Perret y déploie tout son talent avec bonheur, parvenant à nous entretenir d’un sujet au fil des pages alors qu’une seule ligne nous semblerait pouvoir l’épuiser. À ce titre, la nouvelle sobrement intitulée « Le vélo » constitue un petit bijou, un de ces joyaux que l’on aime à contempler entre soi, de temps en temps, pour se rafraîchir à son éclat. Elle nous donne à la fois les vues de l’auteur sur l’engin précité mais aussi sur la concurrence de l’automobile, tout en nous offrant une certaine philosophie – réjouissante – de la vie. À vrai dire, ce dernier aspect se loge dans chacun de ses textes, Perret semblant prendre prétexte de n’importe quel thème pour lancer à ses lecteurs avertis quelques clins d’œil amusés. Mais il y a encore autre chose dans ces nouvelles, qui forment comme la « marque » Perret. C’est le vocabulaire ! Riche, choisi, vivant, renouvelé, il constitue à lui seul la plus belle, la plus magistrale des claques, à nombre de nos (façon de dire, bien sûr) auteurs contemporains. Chez ces derniers – nous éviterons les noms, par pure charité – tout semble plat, sans relief, aussi terne qu’une bouche d’égout. Chez Perret, au contraire, le festival est permanent, la langue reçoit les honneurs qui lui sont dus, dans un feu d’artifice de mots et de tournures qui prouvent que le français possède en lui-même de quoi être vivant. Perret, reviens, ils sont devenus abscons ! Si jamais vous souhaitez en savoir plus sur Jacques Perret, un livre est pour vous. Ce Portrait d’un homme libre de Louis Perret (autoédition) est d’ailleurs à compléter par un site Internet. La visite s’impose. C’est au www.jacques-perret.com. Entrez sans frapper.

(Chronique parue dans La Nef n°203 d'avril 2009)

Le Saint-Sacrement

Après avoir passé huit ans sur son opéra Saint François d’Assise, Olivier Messiaen disait qu’il était épuisé. On pensait que c’était son chant du cygne. Et voilà que quatre ans plus tard il revenait avec le plus grand cycle d’orgue qu’il ait jamais composé, le Livre du Saint-Sacrement. Un ensemble de 18 pièces : 18 facettes de la contemplation du mystère des mystères. L’œuvre comprend trois parties. La première se compose de trois prières d’adoration, suivies d’un Acte de foi. Les pièces suivantes, inspirées par le livre de dom Columba Marmion, si cher à Messiaen, Le Christ dans ses mystères, évoquent les mystères de la vie de Jésus dont les grâces nous sont données par la communion eucharistique : Puer natus est nobis (la Nativité), La manne et le Pain de Vie (Jean 6), Les ressuscités et la lumière de Vie (puisque dans le discours de Jean 6 Jésus dit que celui qui mange sa chair et boit son sang a la vie éternelle et qu’il le ressuscitera), L’Institution de l’Eucharistie, Les ténèbres (crucifixion), La résurrection du Christ, L’apparition du Christ ressuscité à Marie-Madeleine. La troisième partie décrit le Saint Sacrement : La Transsubstantiation, Les deux murailles d’eau (celles de la mer Rouge, figurant la présence réelle du Christ dans les deux fragments de l’hostie rompue), et se termine par des prières avant, pendant, et après la communion. Messiaen utilise des thèmes de plain-chant de la Fête Dieu, et l’introït de la messe du jour de Noël pour la Nativité. Il utilise aussi de nombreux chants d’oiseaux, qui proviennent tous d’oiseaux de Palestine, qu’il était allé noter sur place. D’autre part cette œuvre est la seule où Messiaen ait composé une musique de « ténèbres », de souffrance, parce que son programme l’obligeait à évoquer la crucifixion. Cela lui a beaucoup coûté, disait-il, à lui qui était tout tendu vers la lumière céleste et la gloire du Royaume. Elle n’en est que plus « réussie », d’autant que Messiaen va comme d’habitude à l’essentiel : il ne décrit pas des souffrances, il évoque le drame sacré, dans toute sa puissance divine. À l’occasion du centenaire de Messiaen (le 10 décembre dernier), Marie-Bernadette Dufourcet Hakim a enregistré cette œuvre pour la petite maison Rejoyce, sur l’orgue de Messiaen à La Trinité (qui est aujourd’hui celui de son mari Naji Hakim). Ce qui frappe avant tout, c’est à quel point d’intimité cette organiste a pénétré les intentions de Messiaen, et restitue à la perfection, de façon vivante, tant son idiome particulier que son rythme fondé sur le plain-chant, ses couleurs sonores (ainsi que les rythmes et les couleurs des chants d’oiseaux, admirablement caractérisés), son sens du mystère, son inspiration et sa finalité, à savoir la prière. Cette interprétation est d’une clarté exceptionnelle, toute baignée de lumière. En outre, Marie-Bernadette Dufourcet Hakim ose prendre son temps pour tout détailler. D’une façon qui a priori ne paraît pas raisonnable : alors que la durée « standard » de l’œuvre est de 100 minutes, elle en met 20 de plus… Or en procédant ainsi (sans jamais gommer les contrastes rythmiques) elle rend l’œuvre non seulement plus contemplative, mais plus passionnante sur le simple plan musical, grâce à la qualité de la mise en scène sonore qu’elle élabore. Au service du mystère. C’est sans doute le plus bel enregistrement du centenaire. Et en plus, à un prix d’ami…

(Chronique parue dans La Nef n°203 d'avril 2009)

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